Historique de l’église

Historique de l’église Saint-Paul depuis 1915

à voir sur Youtube : diaporama des vitraux et de quelques peintures de St-Paul 

 

  

L’ÉGLISE SAINT-PAUL À COLOGNY : HISTORIQUE

Le chemin de Grange-Canal relie la route de Frontenex à la route de Chêne. À environ 300 mètres de cette dernière on se trouve face à l’avenue de St-Paul, sans issue, qui se termine devant l’église même. Cette zone se situe à l’extrémité sud de la commune de Cologny. C’est donc une église qu’il faut chercher pour avoir le plaisir de la découvrir.


  • En 1911, les autorités ecclésiastiques catholiques de Genève, vu la forte augmentation de la population de confession catholique romaine, décidèrent de mandater un jeune prêtre, l’abbé Francis Jacquet, pour fonder une paroisse à Grange-Canal.
  • Homme de culture, aux goûts artistiques sûrs et bon théologien, l’abbé Jacquet a voulu dès le départ que son église fût une œuvre de beauté, où tout soit création. Ceci en s’éloignant de la routine qu’on retrouvait dans certaines églises de l’époque. C’est peut-être là le secret de la réussite de ce lieu de culte, devenu un véritable manifeste du renouveau de l’art religieux au début du 20e siècle. À cet égard, le Conseil d’État a classé l’église Saint-Paul monument historique le 22 décembre 1986, après d’importants travaux de restauration. C’est le premier bâtiment religieux du 20e siècle à avoir été classé à Genève.
  • Pour réaliser cet édifice, l’abbé Francis Jacquet a fait appel à un jeune architecte, Adolphe Guyonnet qui, réalisant là sa première œuvre, s’y est investi totalement, après avoir compris le message de son mandant.
  • Le programme consistait à construire une église pouvant accueillir 600 personnes, communiquant directement avec la cure et complétée par une grande salle de réunion bien éclairée en sous-sol.
  • Saint-Paul est un édifice de style roman, avec un plan général d’inspiration paléochrétienne. L’architecte s’est donc tourné vers l’Église primitive, la plus authentique selon lui, nous laissant une église avec une grande simplicité de lignes et de volumes. Mais Guyonnet nous dit aussi : «En traçant les plans de Saint Paul, ce que j’ai cherché en tout premier lieu, c’est de créer de l’unité et de l’harmonie, soit extérieurement en liant l’architecture de l’église à celle de la cure, soit intérieurement en étudiant dans un même esprit la décoration, la sculpture ainsi que les éléments d’architecture intérieure tels que les autels, les confessionnaux, la chaire, l’ameublement…»  Cette explication nous permet de comprendre pourquoi l’église Saint-Paul a été classée.
  • Pour cela, l’abbé Jacquet a su réunir autour de lui un groupe de jeunes artistes de la région qui, avec Maurice Denis et l’architecte, imaginèrent puis créèrent la décoration de l’église. Si, en tant que maître d’œuvre, l’abbé Jacquet imposa un programme iconographique à chaque artiste, ces derniers purent le réaliser en exprimant leur talent novateur, créant ainsi le premier ensemble décoratif dans un esprit d’art total.
  • Le chantier de Saint Paul a été ouvert le 1er octobre 1913, et l’inauguration eu lieu le 28 novembre 1915. Mais l’œuvre décorative ne fut réellement terminée qu’en 1926, malgré le décès de l’abbé Jacquet le 7 janvier 1919. C’est son frère Antoine qui reprit la direction des travaux, en respectant l’esprit voulu par l’abbé.

La décoration intérieure de l’église a été réalisée au moyen de différentes techniques : peinture à l’huile sur toile marouflée, peinture à l’œuf sur support en plâtre, peinture sur bois, vitaux, sculpture en ronde bosse ou en bas-relief, soit en pierre naturelle, soit en plâtre, ébénisterie, stuc, fer forgé, mosaïque.

 

 

  • Maurice Denis, peintre français déjà de notoriété internationale, a peint en 1916 la grande toile marouflée de l’abside, représentant la vie et les actes de saint Paul, patron de l’église. Il a de plus préparé les cartons pour les vitraux éclairant le haut de la nef centrale, consacrés aux saints et saintes de la région, ainsi qu’au vitrail dans la série des fenêtres des bas-côtés, en hommage à l’abbé Jacquet décédé peu avant. Pour terminer, Maurice Denis prépara aussi le carton de la mosaïque du baptistère, illustrant magistralement la symbolique biblique du sacrement du baptême. L’œuvre de Maurice Denis est d’un très grand niveau, tant théologique qu’artistique.
  • Georges de Traz, peintre, écrivain et critique d’art, Vaudois de Paris, exécuta sur place entre 1918 et 1925 sur les voûtes des bas-côtés, un ensemble scénographique d’après les Actes des Apôtres, unique en son genre et de composition très inventive.
  • Marcel Poncet, peintre-verrier, nous laissa quatre vitraux au niveau de l’église, trois dans le bas-côté droit en entrant et une lunette sur la porte d’entrée, de lecture rapprochée et remarquables par leur polychromie, illustrant des scènes narratives de la vie du saint représenté. Trois autres vitraux de Marcel Poncet de trouvent derrière l’orgue, sur la façade principale, et représentent trois personnages du Premier Testament : Moïse, David et Melchisedec. Mais Marcel Poncet prépara aussi les cartons des caissons du plafond de la grande nef, exécuté par les décorateurs Werner et Koller de Genève.
  • Alexandre Cingria, peintre, écrivain, peintre-verrier nous laissa un vitrail dans le bas-côté gauche de l’église représentant le curé d’Ars. Il s’agit d’un des plus importants de Cingria par la composition et la facture qu’il exécuta en 1916. Dans le même esprit, résolument d’avant-garde, Cingria a aussi réalisé les quatre vitraux du narthex entre 1925 et 1926. C’est chez la maison Chiara de Lausanne que l’artiste a construit lui-même ces vitraux. Charles Brunner, peintre et peintre-verrier, est l’auteur de trois vitraux sur le bas-côté gauche représentant des scènes de la vie de Jeanne d’Arc, saint François de Sales et saint Joseph.
  • Le sculpteur vaudois Casimir Reymond fut mandaté pour réaliser la statue de la Vierge et quatre bas-reliefs, encastrés dans les pilastres et qui terminent l’ensemble représentant les saints avec le curé d’Ars, sainte  Philomène, sainte Anne et saint Antoine. Très bel ensemble nous rappelant incontestablement l’art nouveau.
  • François Bocquet, Carougeois, sculpteur et ciseleur exécuta le chemin de croix. Œuvre très fine nous rappelant le ciseleur. Le même artiste prépara aussi la maquette en plâtre du tympan du porche d’entrée, qui a été sculpté par le tailleur de pierre Caccia de Lausanne.
  • Le fer forgé à savoir, les lampes appliques, qui nous rappellent les lanternes à l’huile des catacombes ainsi que les pantures de la porte d’entrée principale et des portes secondaires ont été réalisées par les frères Wanner d’après les plans d’Adolphe Guyonnet.
  • C’est aussi d’après les plans de l’architecte qu’on exécuta les autels, les confessionnaux et la chaire.

Après ce panorama des artistes et de leurs œuvres, nous indiquerons, ci-dessous, les interventions successives qui ont eu lieu à Saint Paul :

  • Pose des cloches par la maison Paccard d’Annecy en 1952
  • Aménagement du chœur, selon les nouvelles directives liturgiques en 1976. Ce qui a amené la dépose des deux autels et de la chaire qui étaient d’origine.
  • Création de la chapelle de semaine en 1977, avec le mobilier de cure et une représentation du Christ en croix par le sculpteur Henri Presset. Très bel ensemble d’art religieux contemporain, exécuté en métal corten
  • Grands travaux de restauration générale et en particulier de la peinture murale de Maurice Denis entre 1984 et 1986
  • Création d’une grande salle paroissiale polyvalente en 1988
  • Construction des orgues et consécration de l’église en 1996
  • Restauration des peintures de Georges de Traz en 2003
  • Exécution et pose des vitraux de la chapelle de semaine par Pierre Chevalley, peintre et peintre-verrier en particulier, réalisés chez Michel Eltschinger à Villars-sur-Glâne, maître-verrier. Très bel ensemble non figuratif s’incorporant parfaitement à l’œuvre d’Henri Presset

  Antoine CASANOVA, Architecte
  Frédéric MONNIN, secrétaire de paroisse


À noter également : La plupart des vitraux furent réalisés à l’atelier de verrier de Marcel Poncet, mais aussi chez le maître-verrier Charles Wasem, de grande notoriété à l’époque. La mosaïque du baptistère, d’après les cartons de Maurice Denis, a été elle aussi réalisée par Charles Wasem.   Il faut saluer en l’abbé Jacquet un « pionnier » de l’œcuménisme, puisque les artistes auxquels il a fait appel pour la décoration de l’église étaient aussi bien de confession réformée que catholique. C’est un fait remarquable pour un prêtre né en 1882, en plein Kulturkampf, et baptisé dans une chapelle dite « de la persécution ».